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Moins de protéines animales

dimanche 19 mars 2017, par AMROUCHE

 Les impacts


1- Impact sur les produits

Sur le contenant :
o De nouveaux emballages dans le cadre d’un mouvement de premiumisation de la viande (aspect, praticité)
Sur le contenu :
o De l’innovation pour les produits à base de protéines végétales, mais aussi pour les produits à base de viande (produits de plus en plus élaborés et plus « d’aliments-service »)
o Renforcement de l’incorporation de protéines végétales en substitution aux protéines animales (impact sur les gammes de produits alimentaires intermédiaires et la formulation des produits)
• Par rapport aux différentes familles de produits :
o des impacts, principalement sur les produits d’origine animale, avec :

  • Une baisse des volumes de viande de bœuf, agneau et porc (viande fraîche)
  • Une baisse des volumes de poisson frais et un report partiel sur les produits transformés
  • Une réduction de la consommation de lait en tant qu’aliment mais non en tant qu’ingrédient o Une hausse de la consommation de :
  • produits transformés (certains produits de charcuterie (ex : jambon), steak haché, poissons, panés, plats cuisinés, protéines animales sous forme d’ingrédients…)
  • certains produits laitiers en substitution à la viande (mais des reports aussi vers des produits issus de « laits » végétaux)
  • salades préparées, voire des fruits et légumes frais (IVe gamme)
  • légumes secs (si l’offre en produits transformés est suffisante)
  • substituts aux protéines animales : produits à base de soja, de levure…

2- Impacts sur la communication et le marketing"

• Des besoins plus forts de segmentation du marché de la viande, avec le développement d’une offre haut de gamme (« premiumisation »), mais aussi de produits plus pratiques, voire plus élaborés
• Des besoins plus forts de communication et de réassurance auprès du consommateur sur les pratiques des filières d’élevage et sur la qualité des produits. Des informations à valoriser sur le produit lui-même.
• Des risques d’affrontements médiatiques entre anti et pro-viande (demain, le lait et les poissons pourront également être plus pointés du doigt)
• Un emploi, par les acteurs de la filière végétale, du vocabulaire propre aux produits animaux (lait, steak) pour convertir de nouveaux consommateurs. Une tendance que l’on retrouve au niveau des noms des produits, souvent évocateurs de produits substitués.
• Une nécessité d’apporter de l’information et des garanties sur les sources de protéines alternatives peu connues des consommateurs français.

3- Impacts sur la restauration"

Restauration commerciale :
• Un accroissement de l’offre de repas 100% végétarien ou vegan pour s’adapter à la demande, notamment dans les grandes agglomérations et les hot spots touristiques :
o Menus spécifiques avec des produits « certifiés » vegan dans une minorité de cas o Adaptation de la carte, avec une labellisation de mets existants adaptés pour une consommation végétarienne (politique la plus répandue actuellement)
o Emploi de produits spécifiques comme les « steaks » végétaux ou les desserts à base de lait de soja
• Un attrait renforcé pour des restaurants d’autres cultures alimentaires basées en particulier sur le végétarisme, comme l’Inde
• A contrario, un développement de concepts contre-tendance s’appuyant sur le « carnivorisme » revendiqué par certains consommateurs : portions XXL, gammes larges de viande proposées etc.
• Pour l’ensemble des consommateurs, développement d’une offre de viande plus qualitative, voire très haut de gamme selon la clientèle, avec davantage de communication et transparence sur l’origine des produits et les modes de production pour réassurer le consommateur. Modification d’une partie de l’approvisionnement vers plus de local/français.

Restauration collective :
• Des impacts liés à des modifications potentielles des recommandations du GEM RCN (Groupe d’Etude des Marches de la Restauration Collective et Nutrition) avec une possible baisse des quantités recommandées par le PNNS (Programme National Nutrition Santé) pour la consommation de viande

  • Modification des recommandations en termes d’incorporation de viande dans les repas au niveau du GEM RCN (quantité et fréquence)
  • Modification des menus ou des grammages des portions
    • Diffusion de l’offre de repas végétariens
    • Modification partielle des circuits d’approvisionnement vers plus de local/national

4- Impacts sur la distribution

• Une réduction du linéaire libre service consacré à la viande brute pour :
o Accroître le linéaire des produits transformés
o Maintenir, voire développer, un rayon traditionnel avec des produits différenciés haut de gamme
• A contrario, un développement du nombre de références de produits se revendiquant compatibles avec un menu végétarien. A priori, pas d’espace spécifique pour ces produits qui viendront enrichir l’univers « Bio » ou « Régime spécifique ».
• Une émergence de magasins spécifiques vegan (essentiellement pour du commerce en ligne, mais aussi en physique dans les grands centres urbains)
• Une disparition de certaines espèces, comme le lapin et l’agneau, en fond de rayon selon la taille du magasin, même si elles pourraient réapparaître à certaines saisons (Pâques ou Noël par exemple)

5- Impacts sur la transformation

• Réduction de l’appareil de transformation surcapacitaire (abattage et découpe) avec des impacts très importants en termes d’emplois pour cette industrie à forte intensité de main d’œuvre.
• Risques d‘augmentation des importations due à une perte de compétitivité liée aux baisses de volumes de production
• A contrario, des demandes pour maintenir voire développer des abattages et de la transformation de proximité, avec des outils territoriaux dont la pérennité économique et technique est toujours aussi fragile
• Des reports de consommation sur d’autres produits (charcuterie car moins onéreux) et de substitution entre viandes (du bœuf vers la volaille par exemple) qui accentueront le niveau de transformation global des produits
• Un accroissement des volumes et approfondissement de la gamme des steaks hachés et burgers, avec une dépendance accrue de l’équilibre économique des industriels vis-à-vis de ces produits.
• Un développement de solutions de type ingrédients pour les consommateurs
• Des investissements en R&D pour modifier la formulation des produits :
o Développement de produits riches en protéines (avec la collaboration de la recherche)
o Développement de solutions appétentes de repas basés sur le végétal
o Renforcement de l’introduction de protéines végétales dans les produits carnés pour des raisons économiques et de demande du consommateur (exemple de segmentation pour le « steak haché » (ou burger) 0% (végétal), 50% et 100% bœuf)
• L’émergence de start-up sur de nouveaux concepts et produits à base de protéines végétales
• Des opportunités pour le développement de compléments nutritifs à base de protéines végétales

6- Impacts sur la production agricole

• Difficultés pour les éleveurs de bovins, d’ovins et de porcs alors que la consommation de volaille devrait a minima se maintenir et soutenir l’élevage avicole si les cours céréaliers restent modérés (impact immédiat sur le prix de la viande).
• Les éleveurs de porcs devraient également être affectés par la baisse de consommation de viande fraîche, mais bénéficieraient de reports de consommation partiels sur la charcuterie, sous réserve que l’approvisionnement des entreprises reste en partie français
• Des mouvements de décapitalisation (abattage du cheptel reproducteur) qui pourraient, sur du court terme, maintenir une pression à la baisse des prix à la production
• Des impacts plus faibles pour les producteurs laitiers du fait du report d’une partie de la viande vers des produits laitiers transformés (fromage essentiellement)
• Des territoires d’élevage (notamment en ruminants : bassin allaitant et montagnes) qui devront faire face à un risque important de déprise (avec un impact sur le paysage et le tourisme pour les territoires concernés)
• Des stratégies en réponse à ces impacts négatifs :
o Pour contrer la baisse de valeur ajoutée liée aux volumes, une multiplication d’initiatives pour promouvoir et accroître la part de marché de viandes labellisées ou haut de gamme (filières déjà existante ou à créer). Cette différenciation par la qualité (labels, terroir, bio…) a déjà eu lieu sur d’autres filières, par exemple sur la filière vin il y a plus de 20 ans, ou la filière volaille.
o Autre stratégie, pouvant être envisagée par les pouvoirs publics : favoriser l’extensivité (y compris pour faire de la conversion bio) pour réduire les volumes tout en occupant des surfaces équivalentes
des pertes de productivité à prévoir qui risquent d’induire des demandes de soutiens publics plus importants

o Un développement de stratégies de valorisation de la proximité (circuits courts, circuits de proximité, marques territoriales)
o Pour les exploitations qui le peuvent, une diversification des productions voire des activités quand c’est possible (transformation, agritourisme, production d’énergie…)
o Enfin, d’autres stratégies sont envisageables comme la baisse des coûts de production, mais des freins sociétaux existent sur l’agrandissement des exploitations ou sur la diffusion de pratiques de production à bas coûts, nécessitant de repenser complètement les itinéraires techniques (bâtiment de production low cost, réduction des apports en alimentation, etc.)

• Des opportunités pour développer la culture de protéines végétales, y compris sur des variétés très segmentées, provenant de variétés anciennes ou importées (ex. : émergence d’une filière française de quinoa), mais des freins techniques et économiques à lever.
• Des projets pour une filière soja française forte (200 000 ha en 2020 pour 75 000 ha actuellement (ONIDOL, 2015), dans le cadre du Plan Protéines pour la France 2014-2020
• Des opportunités pour de nouvelles productions (production algale telle que la Spiruline, insectes), mais à petite échelle. Une production alternative qui pourrait trouver des débouchés prioritairement en alimentation animale ou à l’export, avec des freins encore importants à la consommation directe (digestibilité des protéines des macroalgues, freins culturels pour la consommation d’insectes).
• Cette évolution du rapport de force économique entre productions végétales et animales pourrait être atténuée par de nouveaux arbitrages au niveau des aides communautaires dans le cadre de la future PAC

P.-S.

SOURCES :

• CRÉDOC, 2013, N.Siounandan, P.Hébel, J.Colin, Va-t-on vers une frugalité choisie ? Cahier de Recherche n°C302

• FranceAgriMer, 2014, Données et bilans, Consommation des produits carnés en 2014

• FranceAgrimer, 2015, Les effets de la crise sur les comportements d’achat des ménages en produits animaux

• Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Plan protéines végétales pour la France 2014-2020

• FAO, 2014, Insectes comestibles : Perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale.

• Valorial, colloque 2015, « Protéines 2030 » LA PRESSE EN PARLE

• Les Echos, 10 avril 2014, Évolution de la consommation de produits animaux en France http://www.lesechos.fr/idees-debats...

• Le Monde, 1 octobre 2014, La viande in vitro va-t-elle révolutionner notre alimentation ? http://www.lemonde.fr/planete/visue...

• Process alimentaire, 7 mars 2015, La DGAL publie une note d’information sur les insectes dans l’alimentation http://www.processalimentaire.com/I...

• Process alimentaire, 23 mars 2015, Protéines végétales, des atouts à faire connaître http://www.processalimentaire.com/I...

• Terre-net, 5 juillet 2015, Une « boucherie végétarienne » pour séduire les « flexitariens » http://www.terre-net.fr/actualite-a...