Fraude alimentaire et traçabilité

Fraude à la viande de cheval : quand la traçabilité alimentaire est contournée

Une vaste opération européenne révèle un trafic de chevaux susceptibles d’avoir été introduits illégalement dans la chaîne alimentaire

Plus de dix ans après le scandale des lasagnes à la viande de cheval, une nouvelle affaire met en lumière les limites des systèmes de traçabilité alimentaire. En septembre 2026, une vaste opération coordonnée à l’échelle européenne a permis de mettre au jour des soupçons de falsification de passeports et de micropuces de chevaux. L’objectif présumé : donner une nouvelle identité à des animaux qui n’étaient pas nécessairement autorisés à entrer dans la chaîne alimentaire.

 Une opération menée dans plusieurs pays européens

Les 8 et 9 septembre 2026, près de 200 enquêteurs et représentants des autorités ont participé à une importante opération coordonnée par les autorités belges avec le soutien d’Europol.

Des opérations ont été menées dans quatre pays :

  • Belgique ;
  • France ;
  • Irlande ;
  • Pays-Bas.

Plus de 1 000 chevaux auraient été contrôlés au cours de l’opération.

En France, les investigations ont notamment concerné plusieurs départements. Selon les informations recueillies par l’UFC-Que Choisir auprès de la Gendarmerie nationale, 580 chevaux ont été contrôlés et 70 ont été saisis.

Du matériel vétérinaire, des médicaments ainsi que du matériel permettant d’intervenir sur l’identification électronique des animaux auraient également été découverts.

 Le cœur de la fraude : falsifier la traçabilité des animaux

Cette affaire présente un intérêt particulier du point de vue du génie alimentaire, car elle montre que la sécurité d’un aliment ne dépend pas uniquement des analyses réalisées sur le produit fini.

Elle repose également sur la traçabilité de l’ensemble de la chaîne alimentaire.

Pour les équidés, chaque animal dispose notamment :

  • d’un numéro d’identification ;
  • d’un document d’identification, couramment appelé passeport ;
  • d’un transpondeur électronique ou « puce » ;
  • d’informations relatives à son historique et à son statut vis-à-vis de la chaîne alimentaire.

Le système doit permettre de suivre l’animal et de déterminer s’il peut ou non être destiné à la consommation humaine.

Or, selon les enquêteurs, le réseau aurait précisément cherché à contourner ce dispositif.

Des passeports falsifiés et des micropuces manipulées auraient permis d’attribuer de nouvelles identités à certains chevaux et ainsi de masquer leur origine ou leur historique.

 Pourquoi un cheval peut-il être exclu de la chaîne alimentaire ?

Tous les chevaux ne peuvent pas automatiquement être destinés à la consommation humaine.

C’est notamment le cas de certains chevaux de sport, de course ou de loisirs.

Au cours de leur vie, ces animaux peuvent recevoir différents traitements vétérinaires.

Lorsqu’un médicament vétérinaire est administré à un animal destiné à la production alimentaire, son utilisation doit respecter les conditions prévues pour protéger le consommateur.

Selon le médicament concerné, un temps d’attente peut notamment être imposé avant l’abattage.

Ce délai correspond au temps nécessaire pour que les concentrations en résidus médicamenteux présents dans les tissus deviennent inférieures aux limites réglementaires.

Dans certaines situations, un traitement peut également conduire à exclure définitivement l’animal de la chaîne alimentaire.

La connaissance de l’historique sanitaire de l’animal constitue donc un élément essentiel de la sécurité sanitaire.

 Traçabilité : un outil essentiel de la sécurité des aliments

Cette affaire illustre parfaitement l’une des fonctions essentielles de la traçabilité.

Dans une entreprise agroalimentaire, la traçabilité permet de retrouver :

  • l’origine des matières premières ;
  • les fournisseurs ;
  • les lots utilisés ;
  • les étapes de transformation ;
  • les produits fabriqués ;
  • leurs destinations.

Elle permet ainsi d’agir rapidement lorsqu’une anomalie est détectée.

On distingue généralement :

La traçabilité amont

Elle permet de savoir d’où proviennent les matières premières et de retrouver leurs fournisseurs.

La traçabilité interne

Elle assure le suivi des matières et des lots au cours des différentes étapes de fabrication.

La traçabilité aval

Elle permet de savoir où ont été expédiés les produits afin de pouvoir, si nécessaire, procéder rapidement à leur retrait ou à leur rappel.

Mais cette affaire montre également une limite fondamentale du système : une traçabilité n’est fiable que si les informations enregistrées le sont également.

Un système informatique performant ne peut pas garantir à lui seul l’authenticité d’une information volontairement falsifiée.

 Fraude alimentaire et sécurité sanitaire : deux problématiques qui peuvent se rejoindre

La fraude alimentaire répond généralement à une logique économique : substitution d’une matière première, falsification d’une origine, modification de documents ou dissimulation d’informations permettant d’augmenter la valeur d’un produit.

Mais une fraude économique peut également devenir un problème de sécurité sanitaire.

Dans le cas présent, si l’identité réelle d’un animal est dissimulée, son historique sanitaire peut l’être également.

Il devient alors plus difficile de savoir quels médicaments lui ont été administrés et s’il était réellement éligible à la consommation humaine.

Les investigations doivent encore déterminer dans quelle mesure les animaux concernés ont effectivement intégré la chaîne alimentaire et sous quelle forme leur viande a éventuellement été commercialisée.

 Le précédent du scandale des lasagnes de 2013

Cette nouvelle affaire rappelle inévitablement le scandale européen de 2013.

À l’époque, de la viande de cheval avait été retrouvée dans des produits préparés et commercialisés comme contenant du bœuf.

Le problème était alors principalement celui de l’authenticité des matières premières et de la tromperie du consommateur.

L’affaire avait mis en évidence la complexité des chaînes d’approvisionnement européennes et la multiplication des intermédiaires entre l’élevage, les négociants, les transformateurs et les fabricants de produits alimentaires.

Plus de treize ans après, la nouvelle enquête montre que la maîtrise de la traçabilité et de l’authenticité des matières premières reste un enjeu majeur.

 Une problématique directement liée au système qualité des industries agroalimentaires

Pour les entreprises agroalimentaires, la prévention de ce type de fraude repose sur plusieurs niveaux de maîtrise :

  • qualification et évaluation des fournisseurs ;
  • vérification des documents de traçabilité ;
  • connaissance des filières d’approvisionnement ;
  • contrôles à réception ;
  • audits fournisseurs ;
  • analyses ciblées lorsque cela est nécessaire ;
  • maîtrise de la traçabilité des lots ;
  • procédures de retrait et de rappel ;
  • analyse de la vulnérabilité à la fraude alimentaire.

Cette dernière approche est aujourd’hui particulièrement importante.

L’entreprise doit se demander quelles matières premières sont susceptibles d’être fraudées en raison de leur valeur économique, de leur disponibilité, de leur origine ou de la complexité de leur chaîne d’approvisionnement.

 À retenir

Cette nouvelle affaire de viande de cheval rappelle un principe essentiel de la sécurité des aliments :

La traçabilité ne consiste pas seulement à enregistrer des informations. Elle suppose également de pouvoir garantir leur fiabilité.

Passeports, numéros de lots, bases de données, documents fournisseurs et systèmes informatiques constituent des outils indispensables. Mais lorsque les informations situées à l’origine de la chaîne sont volontairement falsifiées, l’ensemble du dispositif peut être fragilisé.

Pour les professionnels de l’agroalimentaire, la maîtrise des risques passe donc à la fois par la traçabilité, les contrôles sanitaires et la prévention de la fraude alimentaire.

 Pour aller plus loin

Sources : UFC-Que Choisir, Europol, Foodwatch – septembre 2026.